Héroïsmes en temps de guerre

Depuis les années 2000, l’intérêt des chercheurs pour le concept d’héroïsme a cru au point que certains parlent désormais d’heroism studies ou d’heroism science. Ce courant historiographique émergent dispose aujourd’hui d’une revue académique pluridisciplinaire, affiliée à l’Université de Richmond, de centres de recherche et même d’encyclopédies dans les mondes américain et allemand. Les Lieux de mémoire de Pierre Nora ou l’ouvrage collectif La Fabrique des héros (Centlivres, Fabre et Zonabend, 1998) sont à cet égard exemplaire de cet élan, dont témoigne la parution récente deSuccès et échec de l’héroïsation (Cohen et Gangloff, 2025).. Ce dynamisme témoigne de l’intérêt non seulement scientifique, mais aussi social de cette thématique, dans un contexte de montée du présentisme et d’incertitudes qui caractérise le premier tiers du XXIe siècle. Il s’agit de considérer avec le recul nécessaire non pas tant les manifestations jugées « héroïques » en temps de guerres, que les fabriques de l’héroïsme et ses spécificités dans le contexte martial. En envisageant celles-ci comme des phénomènes complexes, qui impliquent des acteurs, des outils, des horizons d’attentes variés, parfois irréductibles ou concurrents, il s’agit de décrypter l’élaboration des imaginaires de l’héroïsme martial, d’en distinguer les ruptures, les évolutions, les particularités temporelles et spatiales ou, au contraire, les constantes, tout en les confrontant en permanence aux pratiques – discursives, martiales ou commémoratives – à travers lesquelles ils cristallisent.